Tout ce que j'avais vu cet été

2026

Une mante religieuse, une taupe, des scolopendres, des libellules, des humains, des papillons de toutes les formes, des oiseaux, des vaches, des poissons. Le monde était encore vivant, et nous ne voulions pas qu’il meure. Non, nous ne nous laisserions pas faire, les pieds foulant le sable du fond de la rivière, ce sable que je n’aurais jamais soupçonné, jamais imaginé, blanc et fin, parfaitement sec et caillouteux.

Assises toutes les deux sur le rocher qui l’été d’avant contenait tout le courant intrépide de l’eau glacée, tu t’étais mise à pleurer, de voir devant toi la rivière dont je t’avais tant parlé tout à fait asséchée, putain j’ai eu tellement mal au cœur.

À perte de vue, que de gros cailloux tout silencieux, que cet air lourd et immobile. Je voulais pas que ce soit fini, je voulais pas qu’on tourne la page, qu’on se dise tant pis, bon là c’est notre destin, qu’on accepte que nous, à titre personnel, on allait laisser faire ça. Non, c’était un cauchemar, j’allais me réveiller et tout serait faux, tout serait inventé, un peu bizarre comme histoire, les mecs vivaient au paradis et avaient tout détruit, tout brûlé.

Voilà, j’aurais voulu me réveiller et me dire ah mais non, moi, si j’avais vécu là, à ce moment, dans cette époque, je n’aurais jamais laissé faire ça, je me serais battue. Mais voilà, on était là toutes les deux sur les rochers à regarder l’eau qui manquait, qui s'absentait sévèrement et qui ne dévalait plus entre les pierres. Plus rien n’y vivait car il n’y avait qu’un lit brûlant et sableux. Alors j’ai cherché d’une volonté un peu étrange si j’allais trouver des traces de vie, des squelettes de poissons morts, j’étais mal à l’aise de chercher ces traces de mort et je n’ai rien trouvé, rien d’autre que ces tout petits cailloux blancs dont j’ignorais jusqu’à là l’existence.

On est remontées et à nouveau le monde avait un goût acide ou métallique, comme si on avait retiré toute la joie, tout l’amour, tout l’espoir, exactement comme ce soir où on était rentrées des urgences saturées par la canicule. Putain, on avait quand même perdu en route le sens de notre monde, de notre histoire, quelque chose s’était pété en chemin. J’avais ce goût de cauchemar, le même que le soir où je m’étais couchée après avoir appris la mort de Margaux, espérant de toutes mes forces qu’en m’endormant j’allais réinitialiser l’histoire, qu’au réveil j’allais connaître ce soulagement quand le drame du rêve n’a finalement pas contaminé notre vie, et que se savoir dans son lit le matin nous procure une délivrance des tourments nocturnes et un bonheur immense d’avoir échappé à l’histoire qui nous poursuivait quelques secondes plus tôt. On était maintenant dans cette histoire, et elle était lentement, imperceptiblement en train de devenir la nôtre. Peut-être que c’était cet été-là que le cours de notre vie avait changé.

Qu’on avait compris que l’histoire allait être un poil différente voire même complètement autre.

Le monde comme je l’avais vu, aperçu de mes yeux, traversé de mon corps,
Les éclairs et le grondement sans pluie,
Les arbres comme des nuages,
Le gris partout qui colore les plus saturés des beautés terrestres
Ne finit pas s’il te plaît été
Qui me fait croire qu’il est pour toujours, et qui, quand je me mets à y croire,
S’en va.
Un lynx qui me regarde,
Une vache aux yeux de biche
Tout pareil ou presque, si la forme est différente, ce qu’il y a dessous est le même.

Une mante religieuse, une taupe, des scolopendres, des libellules, des humains, des papillons de toutes les formes, des oiseaux, des vaches, des poissons. Le monde était encore vivant, et nous ne voulions pas qu’il meure. Non, nous ne nous laisserions pas faire, les pieds foulant le sable du fond de la rivière, ce sable que je n’aurais jamais soupçonné, jamais imaginé, blanc et fin, parfaitement sec et caillouteux.

Assises toutes les deux sur le rocher qui l’été d’avant contenait tout le courant intrépide de l’eau glacée, tu t’étais mise à pleurer, de voir devant toi la rivière dont je t’avais tant parlé tout à fait asséchée, putain j’ai eu tellement mal au cœur.

À perte de vue, que de gros cailloux tout silencieux, que cet air lourd et immobile. Je voulais pas que ce soit fini, je voulais pas qu’on tourne la page, qu’on se dise tant pis, bon là c’est notre destin, qu’on accepte que nous, à titre personnel, on allait laisser faire ça. Non, c’était un cauchemar, j’allais me réveiller et tout serait faux, tout serait inventé, un peu bizarre comme histoire, les mecs vivaient au paradis et avaient tout détruit, tout brûlé.

Voilà, j’aurais voulu me réveiller et me dire ah mais non, moi, si j’avais vécu là, à ce moment, dans cette époque, je n’aurais jamais laissé faire ça, je me serais battue. Mais voilà, on était là toutes les deux sur les rochers à regarder l’eau qui manquait, qui s'absentait sévèrement et qui ne dévalait plus entre les pierres. Plus rien n’y vivait car il n’y avait qu’un lit brûlant et sableux. Alors j’ai cherché d’une volonté un peu étrange si j’allais trouver des traces de vie, des squelettes de poissons morts, j’étais mal à l’aise de chercher ces traces de mort et je n’ai rien trouvé, rien d’autre que ces tout petits cailloux blancs dont j’ignorais jusqu’à là l’existence.

On est remontées et à nouveau le monde avait un goût acide ou métallique, comme si on avait retiré toute la joie, tout l’amour, tout l’espoir, exactement comme ce soir où on était rentrées des urgences saturées par la canicule. Putain, on avait quand même perdu en route le sens de notre monde, de notre histoire, quelque chose s’était pété en chemin. J’avais ce goût de cauchemar, le même que le soir où je m’étais couchée après avoir appris la mort de Margaux, espérant de toutes mes forces qu’en m’endormant j’allais réinitialiser l’histoire, qu’au réveil j’allais connaître ce soulagement quand le drame du rêve n’a finalement pas contaminé notre vie, et que se savoir dans son lit le matin nous procure une délivrance des tourments nocturnes et un bonheur immense d’avoir échappé à l’histoire qui nous poursuivait quelques secondes plus tôt. On était maintenant dans cette histoire, et elle était lentement, imperceptiblement en train de devenir la nôtre. Peut-être que c’était cet été-là que le cours de notre vie avait changé.

Qu’on avait compris que l’histoire allait être un poil différente voire même complètement autre.

Le monde comme je l’avais vu, aperçu de mes yeux, traversé de mon corps,
Les éclairs et le grondement sans pluie,
Les arbres comme des nuages,
Le gris partout qui colore les plus saturés des beautés terrestres
Ne finit pas s’il te plaît été
Qui me fait croire qu’il est pour toujours, et qui, quand je me mets à y croire,
S’en va.
Un lynx qui me regarde,
Une vache aux yeux de biche
Tout pareil ou presque, si la forme est différente, ce qu’il y a dessous est le même.